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Type d'événement
Colloque

Colloque international : L’Université face aux dérives autoritaires du néolibéralisme - Le cas chilien

Du 4 au 5 juin 2026

En France actuellement, des inquiétudes pointent quant aux libertés académiques : évaluation standardisée des formations et des laboratoires par l’HCERES, annulation de colloques scientifiques, généralisation des appels à projets formulés dans un vocabulaire technocratique.

Ces inquiétudes font écho à un contexte mondial caractérisé par un certain nombre de dérives autoritaires des démocraties libérales : « thérapies de choc » imposées par Bolsonaro aux Universités du Brésil, coups de tronçonneuse sur l’ensemble des services publics de Javier Milei en Argentine, projet de démantèlement du Ministère de l’éducation par le deuxième gouvernement Trump aux Etats-Unis. Ces phénomènes s’accompagnent d’une remise en question des libertés académiques, virant parfois à une véritable chasse aux opposants politiques dans les institutions universitaires. Ces phénomènes de restriction des libertés, couplés à des coupes massives dans les budgets dédiés à l’enseignement et à la recherche, nous appellent à donner de la profondeur à notre regard sur le présent, à le nourrir d’une réflexion philosophique et historique sur des épisodes ou moments marquants de l’histoire récente des institutions.

Le cas chilien apparaît comme un marqueur fondamental de cette histoire du néolibéralisme autoritaire, avec un processus accéléré de libéralisation de l’économie suite à la mise en place de la dictature du général Pinochet en 1973, instaurée par un coup d’Etat militaire d’une extrême violence, dans un pays profondément divisé. Aujourd’hui encore, le Chili représente à la fois un lieu de contestation très marqué contre les politiques néolibérales héritées de la dictature, comme l’a montré le mouvement social massif de 2019 à 2021 ; mais aussi un pays dans lequel l’héritage du régime militaire néolibéral est encore très vivant, comme en témoigne notamment l’actualité politique récente et la présence d’un candidat d’extrême-droite au deuxième tour des élections présidentielles de 2025. Aussi les liens entre néolibéralisme et autoritarisme politique ont-ils été placés au centre des travaux des chercheur.e.s chiliens depuis plusieurs décennies, avec une attention toute particulière portée aux effets de ces politiques sur l’institution universitaire en général, et sur la place qu’y occupe l’enseignement et la recherche philosophique en particulier. Ces travaux, non accessibles en français pour la plupart, sont pourtant très éclairants pour penser des phénomènes à l’œuvre aujourd’hui dans de nombreux pays du monde. 

Aussi l’ambition de ce colloque international est-il de permettre un dialogue entre les chercheur.e.s français et chiliens quant aux effets du néolibéralisme et de l’autoritarisme sur l’Université, tout en interrogeant la consubstantialité de ces deux tendances, à la suite d’un certain nombre de travaux récents (Chamayou, 2018, 2020 ; Dardot 2021, 2022 ; Mérieau, 2025). Ce dialogue vise également à apporter des éléments d’éclairage sur un paradoxe quant à la mission critique de l’Université : comment, et selon quelles modalités de résistance, l’Université peut-elle effectuer sa mission critique quand l’autoritarisme politique l’en empêche ?  Si l'université ne parvient plus à exister comme lieu d'élaboration d'une pensée critique lorsqu'elle se situe, de fait, dans une situation illibérale assumée comme telle, qu’en conclure : l’université doit-elle se résigner à ne pouvoir constituer un lieu de résistance que dans un cadre politique qui lui serait, en apparence, favorable ? Mais comment alors envisager et justifier sa fonction de contre-pouvoir, si cette fonction se trouve d’autant plus garantie - par l’Etat - qu’elle paraît moins nécessaire ? La question singulière de l’enseignement et de la recherche philosophique sera particulièrement travaillée : comment la philosophie peut-elle continuer à exister dans des institutions où la recherche fonctionne et est financée via des appels à projets, pilotés par des institutions néolibérales et évalués selon des critères d’efficacité, d’innovation, de performance ? Quels effets cette même injonction à l’efficacité, liée à la finalité de professionnalisation de l’Université, produit-elle sur l’organisation des études en philosophie, au Chili et en France ?

Aussi ce colloque réunira-t-il plusieurs générations d’universitaires chiliens et français : une première génération d’enseignants-chercheurs en philosophie, ayant vécu la dictature militaire et contribué à la mise en œuvre d’un réseau philosophique franco-chilien à partir des années 1970, réseau qui a notamment permis la circulation des idées et des livres depuis la France vers le Chili, sous un régime ayant fait disparaître la liberté académique ; mais aussi une nouvelle génération d’enseignants-chercheurs chiliens et français, qui interrogent à leur tour et dans un contexte politique et philosophique renouvelé, au Chili comme en France, la question de la mission critique de l’université et des obstacles contemporains à sa mise en œuvre.

 

Axe 1- Réinterroger les liens entre libéralisme – néolibéralisme – autoritarisme

Axe 2 – Les effets du néolibéralisme et de l’autoritarisme à l’Université

Axe 3 – Les effets du néolibéralisme sur l’enseignement de la philosophie

13h30 : Café d’accueil

14h00 :  Ouverture du colloque par le comité d’organisation (Louise Ferté, Nicolas Le Merrer, Marion Pollaert, Lucie Rey)

Session 1 - L’autoritarisme néolibéral et ses effets sur l’Université - Présidence de séance : Marion Pollaert

14h15-15h45 

  • Pierre Dardot (Université de Paris Nanterre) : « Néolibéralismes autoritaires et fascisme »
  • Eugénie Mérieau (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)  : 
  • Patrick Vauday (Université Paris 8) : « Économie de l'attention et temps de la réflexion »

16h00-17h30

  • Pierre-François Moreau (ENS de Lyon) : « Qui évalue les évaluateurs ? »
  • Nicolas Le Merrer (Université de Brest) : « Défendre les libertés académiques, mais encore ? Pour une conception réellement démocratique de l’université comme lieu d’élaboration de la pensée critique »
  • Guadalupe Deza (CAREF - Université de Picardie Jules Verne / Académie de Créteil) : « Les principes de neutralité et de liberté académique face au néolibéralisme »

Pause 17h30-18h

Session 2 - le réseau philosophique franco-chilien sous la dictature et jusqu’aujourd’hui - Présidence de séance : Lucie Rey

18h00-19h30

  • Patrice Vermeren (Université Paris 8) : « Le philosophe énergumène (Vivre et philosopher au Chili sous la dictature militaire) »
  • Carlos Ruiz (Université du Chili) : titre à venir
  • Gustavo Celedon : « Rapports philosophiques franco-chiliens à la fin des années 80 et début des années 90 »

8h30 : Café d’accueil 

Session 3 : Néolibéralisme et autoritarisme au Chili - Perspectives contemporaines - Présidence de séance Susana Villavicencio

9h00-11h30

  • Claudia Gutierrez (Université du Chili) : « L'exil poétique et philosophique des humanoïdes chiliens »
  • Fedra Cuestas (Universidad de los Lagos, Chile) : « Mémoires du mai féministe (2018) Résistances contre le néolibéralisme et l'autoritarisme » 
  • Carolina Avalos (Université de Playa Ancha) : « La philosophie séquestrée par le néolibéralisme : les chiliens Kayser et Peña »

Pause 11h-11h30

11h30-12h30

  • Alejandro Bilbao (Universidad Austral de Chile, Fondecyt-Anid) : « Le néolibéralisme à l’université chilienne »
  • Marcela Gaete (Université de Chile) : « Del pensar filosófico al pensamiento indexado. El lugar de la filosofía y su enseñanza en universidades sitiadas por el neoliberalismo » (en espagnol)

Déjeuner 12h30 - 14h

Session 4 : Le système d’enseignement chilien face au néolibéralisme - Echange avec le groupe de recherche “Saberes y prácticas de las Humanidades” de l’Université de Playa Ancha (à distance, en espagnol) - Présidence de séance : Louise Ferté 

14h00-16h00 

  • Javier Ulloa (Université de Playa Ancha) : « Una aproximación a la neoliberalización de la educación en Chile » (à distance, en espagnol)
  • Patricia Flor de San Martin (Université de Playa Ancha) : « La enseñanza de la filosofía en Chile: Apuesta por un programa formativo crítico y situado desde la Universidad de Playa Ancha de Valparaíso » (à distance, en espagnol)
    Yasmin del Pilar Díaz Saldes (Université de Playa Ancha) : « Procesos de acreditación  como creación  del “mercado de la calidad” en la educación superior chilena » (à distance, en espagnol)
    Louise Ferté (Université de Lille) : « Enseigner la philosophie dans une institution marquée par le néolibéralisme. L’apport des écrits des philosophes chilien.ne.s »

Clôture du colloque à 16h30

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